Publié à l’origine en espagnol: “La retirada melancólica” Ricardo Dudda. The Objective.

Ce n’est pas facile de rester optimiste avec le problème du séparatisme catalan. Ledit « procés » peut durer pour toujours, parce que c’est un phénomène rhétorique, euphémistique, une série de mises en scène. Mais ses effets sur la société catalane sont bien réels et on les perçoit. Bien que les sociétés soient très inconsistantes, bien que rien ne soit jamais irréversible, l’effort pour unir les deux Catalognes sera énorme ; l’effort du séparatisme pour reconduire l’enthousiasme vers des cours moins voués à la rupture le sera aussi.

Il est possible que, de la même manière que le séparatisme a énormément grandi depuis 2012, il recule. Mais ça va prendre du temps pour faire disparaître le victimisme, le ressentiment et la rancune, la culture de l’offensé, l’usage d’une mémoire toujours sélective, la politique comme acte expressif, épique et « amusant », au-delà de la transaction et la négociation. On vit dans une époque où chaque génération a besoin de son moment épique, constitutif à elle, une sorte de Transition [référence à la Transition espagnole à la démocratie] taillée sur mesure. Comme l’écrivait un tuiteur défunt, chaque nouvelle génération pense que le collectivisme (et on peut le remplacer par n’importe quel idéal politique) a échoué parce qu’il n’était pas dirigé par eux.

Le « procés » vit des journées historiques presque chaque semaine ; puisqu’ils se sont habitués à ça, les séparatistes –et peut-être d’autres—vont exiger quelque chose au-delà du bien-être, le pouvoir d’achat ou la reconnaissance. Peut-être ils exigeront du divertissement, de l’émotion, de la passion. Pendant des années, des millions de Catalans ont investi beaucoup de capital émotionnel dans le « procés ». Le « procés » leur a donné des euphémismes, des hyperboles, des moments historiques, mais c’est possible que sa capacité de se renouveler arrive à sa fin. Difficilement il y aura une assomption de responsabilité collective de la part des élites, et je doute qu’il arrive un moment de reddition de comptes. Le « procés » va essayer de survivre. La société civile va être déçue. Quand cela arrive, peut-être il sera temps d’un retrait doux, mélancolique.