Publié à l’origine en espagnol: “Un ridículo histórico” Joaquim Coll. Crónica Global.

Distraits par les petits détails de l’actualité, nous courons le risque de ne pas être conscients de l’énorme dimension de ce qui s’est passé en Catalogne ces dernières semaines. Le séparatisme n’a pas seulement échoué dans ses objectifs politiques, il a fini par enterrer cinq années de « procés » avec un ridicule inéluctable. On a assisté à l’effondrement de sa narration sur tous les fronts, depuis le caractère indolore des effets  de la tentative sécessionniste sur l’économie, jusqu’à la croyance en la médiation internationale une fois que le 1-O aurait eu lieu (1r octobre, date du « referendum ») ou, encore, à celle / à la croyance dans les reconnaissances diplomatiques qui suivraient la DUI (déclaration unilatérale d’indépendance). Et au cas où les éléments exogènes du grand fiasco ne suffisaient pas, il s’avère que le gouvernement séparatiste n’avait pas préparé – on le lui reproche ouvertement maintenant depuis la CUP – les structures étatiques et les mécanismes d’occupation du territoire pour rendre effectif le caractère unilatéral du processus après la naissance de la République Catalane.

Les dommages causés par les dirigeants séparatistes à toute la société catalane sont sans précédent dans la démocratie et la tromperie de ses électeurs a été massive. Sur le vaste catalogue des mensonges et des échecs, il faudra insister à maintes reprises avant 21D (21 décembre, date des prochaines élections régionales) pour exiger la reconnaissance de la responsabilité des dirigeants du « procés » qui se présenteront aux élections régionales. Tout particulièrement à Oriol Junqueras, le principal aspirant, selon les sondages, à présider la Generalitat. Hier, il a publié un article dans La Vanguardia, expliquant son travail au cours de ces 21 mois à la tête du département d’économie. Eh bien, il s’avère maintenant que l’indépendance ou tout ce qui touche au « procés » ne figurait pas parmi ses objectifs en tant que numéro deux du gouvernement. C’est à peine croyable ! La question est de savoir si ses électeurs, non pas les élus stipendiés d’ERC, en tiendront compte ou s’ils voteront à nouveau pour lui par simple mélancolie.

Non seulement l’histoire de l’indépendance a sombré, mais, au bout du compte, ses dirigeants offrent le spectacle d’une fin honteuse qui devrait enterrer leurs carrières politiques pour toujours (en attendant ce que dans certains cas déterminera la justice en ce qui concerne des possibles délits). La DUI secrètement votée était une farce, une tentative de donner un peu de satisfaction à son électorat et au militant de la rue pour cacher une défaite incontestable et sauver l’évidence d’une division interne très profonde. Les visages de ce jour au parlement de Puigdemont, Junqueras et Forcadell révélaient la triste tromperie. Le week-end, les membres du gouvernement destitués étaient principalement cachés, tandis que les comités de défense de la République attendaient des instructions pour mener à bien la résistance. Carles Puigdemont a diffusé samedi à midi une déclaration insignifiante jouant comme d’habitude sur des quiproquos. Nous savons maintenant qu’il finalisait les préparatifs de son «vol» vers la Belgique avec certains des membres de son gouvernement.

Lundi matin très tôt, seul Josep Rull, qui veut se présenter en tête de liste par le PDECAT en compétition avec le modéré Santi Vila, s’est fait un selfie dans son bureau, où il a accédé furtivement, pour le quitter rapidement après l’annonce des Mossos qu’il encourait un délit supplémentaire. Il n’y a eu aucun acte de désobéissance à la Generalitat, ni l’ombre de ces foules qui devaient se concentrer devant les portes de la Generalitat pour éviter l’exécution matérielle de l’article 155 de la Constitution. Et lorsque lundi midi, peu de temps après la plainte du Parquet, on a su du voyage secret de Puigdemont à la recherche d’une éventuelle demande d’asile, le ridicule atteignit la catégorie de grotesque et sembla presque imiter cette fuite pathétique du conseiller du gouvernement Josep Dencàs à travers les égouts du Palais de la Generalitat en octobre 1934.

Hier, Puigdemont a tenté de réparer l’image honteuse en justifiant sa présence à Bruxelles pour des raisons de sécurité, déclarant qu’en Catalogne le “chaos” s’était installé depuis le 1-O après l’action “répressive” du gouvernement espagnol, ce qui fut visiblement démenti par les journalistes présents dans la conférence de presse. Le président destitué n’a pas précisé s’il envisageait de rentrer en Espagne et a nié avoir l’intention de demander l’asile politique, même si probablement il l’essayera dès lors que l’ordre européen de son arrestation sera effectif, puisqu’il a engagé un avocat belge spécialisé en la matière. Il s’est présenté comme le fer de lance d’une partie d’un gouvernement en exil (qui dispose d’une page web qui a usurpé les logos officiels de la Generalitat et la charte graphique officielle), même si en même temps il a entériné la stratégie des partis indépendantistes consistant à se présenter aux prochaines élections régionales convoquées par le gouvernement Espagnol pour les transformer, à nouveau, en plébiscite. Dans leur fuite en avant constante, maintenant pour éviter la prison, ils apparaissent comme des personnages incapables d’assumer leur incontournable ridicule.