Extraits de: “El golpe posmoderno. 15 lecciones para el futuro de la democracia”, a book by Daniel Gascón, 20018, Penguin Random House Grupo Editorial.

La défense du processus indépendantiste catalan à partir d’une position de gauche demande une certaine chutzpah (« insolence » ou « audace », en hébreux). La Catalogne n’est pas une région opprimée. Elle représente un cinquième du PIB espagnol, environ 16% de la population, et ses indicateurs de revenu par habitant et de chômage sont meilleurs que ceux de la moyenne du pays. L’une des raisons qui motive le mouvement favorable à l’indépendance a justement à voir avec la redistribution des ressources, à savoir, le refus d’en transférer aux régions espagnoles les plus pauvres.  En outre […], les défenseurs de l’indépendance de la Catalogne sont souvent plus aisés que ceux qui s’y opposent. En moyenne, les opposants sont moins éduqués et s’investissement moins en politique. […]

Les économistes Manuel Hidalgo et Jorge Diaz Lanchas ont écrit dans Agenda Publica un article titré « Ne parle pas de vol quand tu veux dire «Etat Providence »  ». Suite à leur étude de données pour la période 1980-2013, ils ont pu expliquer qu’il est erroné de considérer que la Catalogne ait été moins bien traité que les autres régions. De fait, une bonne partie de la prospérité catalane a beaucoup à voir avec son intégration avec le reste du pays, ainsi qu’avec sa capacité de bénéficier de l’éducation, dotation factorielle (capital humain, d’entreprise et institutionnel) ou encore ses avantages géographiques. « La Catalogne, comme les Iles Baléares et Madrid, sont les plus grands contributeurs nets au reste du pays. En revanche, Extremadura, les Iles Canaries et les Asturies sont les plus grands récepteurs. Si l’on regarde les origines du « déficit fiscal », il n’est pas tant dû aux dépenses comme aux revenus, ces derniers issus de son PIB par habitant élevé», expliquent ces économistes. « Si la Catalogne est devenue un contributeur majeur aux finances publies, c’est dû aux mécanismes crées par l’Etat Providence pour les citoyens et non pas pour les territoires ».

Récemment, le sécessionnisme a poursuivi une stratégie apparemment hyper démocratique de radicalisation et participation. Jorge San Miguel a défini le « droit de décider » comme le « Macguffin catalan ». Son utilité réside dans le fait qu’il « permettait d’étirer le chewing gum du processus de construction nationale même si la consécution de la majorité favorable à indépendance prenait du retard. Pour ce faire, des discours qui mettent la démocratie (dans un sens plébiscitaire) devant la nation étaient circulés, comme des personnages clairement non affiliées avec les élites traditionnelles catalanes, et qui […] statistiquement ne sont que des symboles artificiellement promus dans l’idée d’attirer des classes sociales clairement absentes des gouvernements nationalistes successifs. Le paradoxe est que, justement, précisément car ils n’avaient pas la somme nécessaire pour une déclaration d’indépendance, le «droit de décider » était inventé. Si le voyage à Ithaque était plus important que la destination, le référendum devenait l’objet poursuivi pour cacher la réalité du projet sécessionniste, pour acheter du temps et des volontés ». Pour décrire cette conception plébiscitaire de la démocratie, Jorge San Miguel utilise le terme Schimittien de « décisionnisme ».