Publié à l’origine en espagnol: “Hacer nación en la escuela” Mariano Fernández Enguita. El País.

L’espace public en Catalogne a été occupé et monopolisé par le nationalisme

C’est dans le domaine public, mais ce n’est pas mentionné. Si la manipulation sécessionniste flagrante rejoint l’hypersensibilité des enseignants, la réaction sera explosive, mais elle l’est : le système scolaire catalan a été instrumentalisé. Dans le monde entier, le magistère patriotique, les écoles normales, les croisades d’alphabétisation, etc., ont servi à la construction nationale. Ce qui est nouveau, à cause de l’absence de loyauté des uns et de l’aveuglement des autres, c’est qu’au sein d’un État-nation démocratique, un sous-système éducatif territorial a été mis au service d’un projet alternatif et sécessionniste d’une nation sans État.

Pendant des années nous avons vu des drapeaux catalans (senyeres) non accompagnés du drapeau d’Espagne (rojigualda) et, de plus en plus, des drapeaux indépendantistes (estelades) dans les écoles ; le 1er octobre voit la communauté éducative occuper les écoles pour le processus indépendantiste (procès), contre la loi et la justice. Ensuite, ce sont des mobilisations contre l’action gouvernementale, et le harcèlement des enfants de fonctionnaires, provoquées par les enseignants. Il suit et suivra encore une série d’allégations pour manipulation idéologique. Comment en sommes-nous arrivés là ? Quiconque ne craint pas les mots admettra que la conspiration sécessionniste mérite un chapitre à part dans la technique classique du coup d’État de Malaparte. Mais ceci n’est pas improvisé : cela requiert une succession de petits coups préparatoires. En particulier, à l’école.

La langue maternelle, qui pour la plupart est le castillan, a cessé d’être langue véhiculaire et, dans les communications, elle a été réduite à l’assistance. Complètement ? Non, bien sûr, seulement tout ce qui est possible et, demain, encore plus. L’alibi : le catalan, désavantagé dans la rue, a besoin de compensation, et l’immersion facilite la cohésion sociale. La réalité est que les hispanophones sont désavantagés, comme n’importe quel groupe séparé de sa langue maternelle ; et un message est envoyé : le castillan est une langue aussi étrangère que l’anglais (à la différence que celui-ci est parlé par les riches et, celui-là, par les pauvres).

Programmes, textes et enseignants transmettent. Nous avons passé des années avec des cartes des Països catalans (Pays catalans), Ferrán 1er de Catalogne-Aragon, la guerre de Sécession, la guerre civile contre la Catalogne, etc., dans les livres et sur les murs (sous Franco ce n’était pas plus grotesque). Anecdotes ou épidémie ? Le plus grave c’est l’épais voile qui y est jeté, la volonté de se cacher chez certains, et de ne pas savoir chez les autres. Des signes qui auraient dû suffire pour que l’inspection agisse ou les chercheurs s’y intéressent, mais la première suit les ordres et pour les derniers il s’agit d’une question incommode et peu rentable. Après le 1er octobre nous avons vu de nombreux débordements d’enseignants ou des bavures tendancieuses et irresponsables Memec telles que celle de l’InfoK, mais le pire est cette légitimation qui enveloppe la sécession dans des couches successives de concepts comme autodétermination, référendum, urnes, liberté d’expression, non-violence … des valeurs de plus en plus simplistes et diffuses à chaque couche ; un qui pro quo ridicule, bien que puissamment alimenté par le Net ; en tout état de cause une interprétation controversée et, transmise dans l’institution, avec une supposée objectivité, une manipulation.

Le nationalisme dans le personnel enseignant est-il congénital ? D’innombrables régimes et gouvernements l’ont ainsi voulu, mais le nationalisme espagnol a été dynamité par le régime de Franco, qui nous a effrayés pendant des décennies, tandis que les périphériques en sont sortis indemnes, acquittés de leur sombre passé et béatifiés. Les scrutins électoraux et les élections syndicales indiquent que les enseignants sont plus nationalistes que le reste de la population, ou qu’ils le sont en plus grande proportion. Peut-être que tous ceux qui sont fidèles à une cause ont une plus grande inclination pour l’enseignement, ce qui assure un public captif et bien disposé ; ou peut-être cela a-t-il quelque chose à voir avec le salaire, étant donné que les communautés autonomes (régions) ont épargné les enseignants de la mobilité géographique et l’immersion a donné à ceux de la Catalogne, y compris les aspirants, des avantages compétitifs dans cette région sans pour autant être désavantagé dans le reste (leur mobilité entrante est inférieure à 1 % contre 7% en moyenne dans le reste de l’Espagne).

Restent les familles. La Fapac (Fédération d’Associations de Parents d’élèves de Catalogne) a organisé avec la communauté éducative la livraison symbolique des clés à Puigdemont et a fourni l’infanterie pour les ouvrir (et pour les photos). Plus de la moitié des familles ont comme langue habituelle le castillan, les trois quarts préfèrent un bilinguisme véhiculaire, et même la Generalitat a un site web bilingue … mais la Fapac seulement en catalan, toujours favorable au procés. Aussi bien par l’immigration interne (chez les jeunes) et externe (hispano-américaine), le castillan est plus fréquent parmi les familles ayant des enfants à l’école, et c’est l’école la première institution avec laquelle beaucoup de familles entrent en contact : une raison pour plus de bilinguisme. Mais si les enfants y ont été soumis sous prétexte de l’intégration, les parents y ont été contraints, ce qui prouve à quel point la sphère publique a été occupée et monopolisée par le nationalisme.