Extraits du livre: “Las cuentas y los cuentos de la independencia”. Josep Borrell e Joan Llorach. Ed Catarata. 2015 

CHAPITRE 1

« Comment Oriol Junqueras et Artur Mas exposent leurs arguments en faveur de l’indépendance »

ARTUR MAS

« De par leur origine sociale, formation professionnelle, motivation et trajectoires politiques, Mas et Junqueras sont deux personnalités complètement différentes.

Face à l’indépendance, le cas de Mas est aussi bien différent de celui de Junqueras. C’est le cas de quelqu’un qui a toujours navigué entre deux eaux.  Son indépendantisme est une attitude survenue, justifiée, d’après lui, par des faits concrets. Parmi ceux-là, on trouve le jugement de la Cour Constitutionnelle à propos de l’Estatut de 2006 et le refus de Rajoy au “Pacte Fiscal”. Mais, surtout, son indépendantisme est en fait justifié par une tactique qui consiste à se mettre devant les manifestations du 11 septembre pour les diriger au lieu de se voir renversé par celles-ci. En calculant que, s’il pouvait apparaître comme le premier à faire appel à la “volonté du peuple“, ou au moins comme celui qui a le haut-parleur institutionnel le plus puissant, le “peuple” le remercierait avec des majorités parlementaires.

Ce calcul s’est montré erroné. Mais il y a des processus qu’une fois entamés sont très difficiles à contrôler.

[…] Par exemple, le premier avril 2011, un référendum sur l’Independence a été organisé à Barcelone par des volontaires, et dans lequel Artur Mas a participé. Carmen Forcadell, à l’époque présidente de l’ANC [NdT : aujourd’hui ancienne présidente du parlement, en prison], avait dit que “le président Mas ne voulait pas aller voter […] mais a fini par le faire car il a vu que son rendement électoral serait meilleur s’il y allait” [38]

[…] Fin 2011, il ne croyait pas encore que cela avait du sens de diriger un processus indépendantiste, car cela risquait, à son avis, de fracturer la société catalane en deux moitiés. À la place, il donnait la priorité à un accord financier baptisé « pacte fiscal » : “le pacte fiscal est le chemin : que ferions-nous sinon, une proposition de court terme qui, en plus de tous les problèmes que nous avons aujourd’hui en Catalogne, casserait le pays et le diviserait en deux moitiés ?” [40]

Cependant, dans une interview postérieure avec Josep Cuní, Mas disait déjà qu’il était indépendantiste depuis juillet 2010, suite au jugement de la Cour Constitutionnelle, c’est à dire, 18 mois avant la citation précédente. [41]

En réalité, Artur Mas est passé de proposer le pacte fiscal à la défense du référendum juste après de la manifestation du 11 septembre 2012.

[…] Comme Président de la Generalitat, Mas a aussi défendu l’exceptionnalité du déficit fiscal catalan […]: “Aucun territoire européen ne souffre d’un drainage fiscal de 8,10% de son PIB comme le fait la Catalogne ” [43]

[…] “Si la Catalogne n’avait pas un déficit fiscal aussi grand avec l’Espagne, de 20 milliards de dollars par an, en deux ou trois ans on pourrait effacer entièrement notre dette” [44]

[…] Il est possible qu’il le pense de manière sincère, du fait de ne pas comprendre comment ce chiffre a été calculé, ce qui serait douteux d’un ministre régionale de l’économie. Il est aussi possible qu’il le sache parfaitement mais qu’il le raconte de la manière qui l’arrange le mieux. Mais, comme nous le verrons, ce qu’il dit est faux.

[…] Artur Mas utilise aussi comme argument la prétendue limite du déficit fiscal des Lander allemands.  Junqueras et Mas, et presque tous les autres, utilisent cet exemple comme point de repère pour justifier que la Catalogne est « spoliée », et pour montrer l’exemple de ce qui devrait être fait. […] ils ont aussi intégré l’argumentaire politique à propos du droit à l’autodétermination, mais sans jamais prononcer ce nom. Et, bien entendu, ils appellent également à l’argument d’autorité que signifie Obama, en tergiversant son discours à l’ONU concernant le droit à l’autodétermination : « Le 25 septembre 2012, le président Obama a parlé du droit à l’autodétermination en disant : nous croyons que la liberté et l’autodétermination sont des valeurs universelles et non pas exclusives d’une culture donnée » [46] […] dans ce discours, Obama parle exclusivement des pays arabes soumis à des régimes dictatoriaux. Et nous verrons également comment le gouvernement des Etats-Unis fit tout le possible et diplomatique acceptable pour aider le gouvernement du Canada à s’opposer à l’indépendance du Québec »


[38] Acte Viladecavalls pour l’indépendence

[40] TV3

[41] 8TV

[43] Déjeuner organisé par Europa Press

[44] La Vanguardia

[46] Conférénce à la Columbia University